Le jeu des sons et du hasard

Mercredi, 18 h. Dans mon emploi du temps, c’est marqué « réunion avec les collègues de français ». Mais, encore une fois c’est une réunion spéciale. Une Réunion, comme l’Île de la Réunion, sauf qu’il ne faut pas aller au bout du monde, il suffit de se retrouver dans un de nos bureaux. Heureusement !
Donc voilà les indications de scène :
Lieu : bureau d’Annie
Temps : mercredi, 18 h. – 19 h
Personnages (et interprètes) : les deux châtelaines, Véronique et Joëlle, Annie, Isabelle/Isaschön et moi-même
Objets de scène : une galette à la frangipane (ou à la frangipaonne ?, non, mais vous vous rendez compte ?), deux bouteilles de crémant de Bourgogne, des gobelets ou encore mieux, des flûtes (pas de flûtes de Pan) des serviettes, cela va de soi…
Il y avait aussi un scénario, offert par Isaschön, dont il sera question en bref.
Bon, étant donné notre nature d’enseignantes-chercheuses (« Fatti non foste a viver come bruti, ma per seguir virtude e canoscenza », Dante, Enfer, chant XXVI), on avait comme d’habitude plusieurs questions à débattre : la queue du lézard, est-elle (aussi) un organe de locomotion ? Et son système d’arrosage et lubrification, comment fonctionne-t-il, vous souvenez-vous ? Et les cellules grises des hommes de plus de 45 ans, à quelle vitesse commencent-elles à se dégrader ? Et le reste ? Vaut-il la peine d’entamer une enquête sur le champ?  En fait, en relisant nos échanges épistolaires, je m’aperçois que la seule qui avait bien fait ses devoirs, c’était Joëlle – tiens, voilà un petit écureuil qui parcourt à toute vitesse une grande branche d’arbre en face de ma fenêtre !
Mais venons au cœur de la question, formulée par Isabelle-Isaschön (pourriez-vous vous en douter ?), cette fois-ci par écrit. Le paon pond-il ? Je vous avoue que j’ai eu du mal à piger. Peut-être à cause de mes piges, qui dépassent les 45 ? Non, mais là je perds le fil.
Dans le texte d’Isabelle, il était question d’un paon peint sur un paravent qui mange du pain sur un pont. D’un peintre qui pense en peignant. Qui a 105 ans et 101 chiens (si ça trouve, ce sont des dalmatiens) chassant sans cesse une chauve-souris souriante. D’une femme qui tombe sous son charme – du peintre ou du paon, peu importe –, qui plonge au fond d’un bassin, qui s’assied sur le pont en pensant au paon – ou au peintre, selon les cas … Cela vous dit quelque chose ?
J’ai été obligée à le lire à haute voix, ce texte, de la tête aux pieds, après avoir avalé deux verres de crémant – bien qu’Annie m’ait avoué après qu’ils étaient au moins trois – tout en m’esclaffant, en m’essoufflant et en m’étouffant de rire, en trébuchant, en balbutiant, en essuyant mes lunettes et en questionnant, non pas la cohésion, mais la cohérence du texte.
Je n’y voyais qu’une cohésion au niveau de la structure superficielle du texte, du signifiant, un tissu surtout sonore, une fine texture d’assonances et pas plus. J’ai promis à Isabelle– ou plutôt je l’ai menacée d’ – une critique, une explication de texte comme il faut, une analyse structurelle et structuraliste – non pas déconstructionniste, non.
Mais je me trompais. Tout se tient. L’histoire d’Isabelle, quoiqu’avec des actants vagues, est bien bouclée du point de vue narratif et narratologique. Relisez-la, si vous ne me croyez pas !
De plus, j’ai découvert qu’Isabelle, avec son talent poétique-pédagogique, est membre fondateur (fondatrice) – et que je sache, le seul membre, de l’OUPHOLU ou de l’OULUPHO, à vous le choix (Ouvroir de phonétique ludique), dont je pourrais abriter les créations au SLZ.
Encore, en rentrant chez moi après la soirée – merci à Annie qui m’a accompagnée ! – je retrouve Boris au téléphone. Il parle avec une jeune fille, une de ses lectrices, justement d’un…paon ! Un paon blanc, dont je me souviens d’avoir vu un exemplaire l’été dernier – non pas à Marienbad, mais à Cervia, dans le petit parc naturel à côté des thermes. J’en voie les photos sur mon ordi tous les jours.
Enfin, pour me détendre après la journée de travail, je prends une bd italienne, Diabolik, une issue au hasard « La coda del pavone », la queue du paon.
Tout se tient !
En plus, la littérature c’est comme ça, avec son paon, qu’il ponde ou pas, Isabelle a centré un gond sur lequel tourne tout un imaginaire collectif.
Le paon, symbole solaire et cosmique grâce au déploiement de sa queue en roue multicolore, est en même temps annonciateur de transformation, de mort et d’immortalité. Cet oiseaux aux cent yeux (prononcez-moi ça, s’il vous plaît) est psychopompe, monture de l’âme dans le trépas, dans le franchissement de la frontière du mortel.
Dans la peinture et dans l’art on en connaît d’innombrables représentations.
Mon paon préféré à moi, c’est celui qui, dans Amarcord de Fellini, dans le silence ouaté d’une cour couchée sous un manteau de neige, vient se poser sur le bord d’une fontaine glacée, un air de dépaysement régal…

(http://www.youtube.com/watch?v=KKnjaXFqFDc&feature=share)

P.S.
Après avoir rédigé ce billet je me suis mise à la recherche de la dite séquence d’Amarcord – sans succès. Bon, je me dis, elles devront se contenter de mes mots… J’y penserai demain. Ce matin je me connecte à fesse-bouc et voilà ce que mon amie Maria Paola vient de poster ! Incroyable ! Tout se tient !!!
L’actrice qui interprète Gradisca est une française, Magali Noël. Je l’ai entendue une fois à la radio raconter justement comment s’était passé le tournage de la scène du paon…

P.P.S
Pour apprendre en vous amusant, visitez le site de l’OULIPO, choisissez une contrainte et pratiquez !

P.P.P.S.
Dans cette chronique délirante de notre rencontre j’ai oublié de mentionner la reine désignée :  Annie ! Longue vie à la reine !

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Pour les photos, merci à: Boris , http://www.arteefede.com/articoli/articolo.php?file=IL%20PAVONE%20NEL%20PRESEPIO.htm  , http://cocoon.splinder.com/post/21371236/il-pavone-nellarte-peacock-i  ,
utenti.multimania.it/christianpravato/ ,  http://www.ilportaledelsud.org/ipogeo.htm ,
http://151.12.58.75/sbsae-pg/index.php/verifica-interesse-culturale.html , http://www.lucybcampbell.com/gallery.php?workid=572 , http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Domenico_ghirlandaio,_cenacolo_di_ognissanti_03.jpg

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3 risposte a Le jeu des sons et du hasard

  1. dominique ha detto:

    Giovanna carissima !
    Quel billet ! C’est plus qu’un billet, c’est une rivière, un fleuve, une cascade, que dis-je, les chutes du Niagara en inspiration, humour et gargouillis de crémant mis en forme. Je me suis bien amusée à lire tout cela et j’en pince déjà pour l’OLIPHO (les autres propositions me résistent), ce qui rappelle l’oliphant, un instrument de musique prédestiné pour ton blog. Bravo pour la galette, et le règne d’Annie, car j’en ai goûté trois fois sans me casser ne serait-ce qu’un bout de dent. Attention, cependant, ne devenez pas dé-paon-dantes, encore que … ce n’est pas demain la veille que quelqu’une va se parer des plumes de l’animal, ce n’est pas le style de la maison ou bien ? Je viens voir demain midi. !!

    • bloggiovi ha detto:

      Chère Dominique,

      merci à toi pour ton commentaire trop généreux ! Je ne vais tout de même pas en profiter pour me pavaner ! Meme si tu t’es pas cassée, tu règnes sur nous toutes ! Ton esprit, ta gentillesse, tes questions et ton sourire restent à jamais dans mon cœur !

      A bientôt, donc !

      Giovanna

      • bloggiovi ha detto:

        Voilà quelques lumières sur le problème de prononciation:

        “…Aujourd’hui, malgré le fait que la liaison entre les mots cent et ans, lorsqu’ils se suivent, soit encore ancrée dans la mémoire collective, la majorité des Français se montrent incapables de lier le numéral cent à un nom ayant une initiale vocalique. Au lieu de : « L’héroïne de ce roman veut vivre cent aventures » (cenT aventures), qui serait correct, nous entendrons dire, parallèlement au « cen haventures » qui aura été choisi par la majorité, ceci : « L’héroïne veut vivre cents aventures » ; ce qui peut s’entendre également ainsi : « veut vivre sans aventures » (sanZ aventures). Et je me demande comment serait prononcée, même par des professeurs d’université, l’épithète « aux cent yeux » qui suit habituellement le nom d’Argos dans un récit mythologique traduit du grec ancien…”

        trouvé sur http://la-grammaire-de-forator.over-blog.fr/article-liaisons-et-elisions-le-grand-renoncement-46708817.html

        Merci à Joëlle pour avoir trouvé la réponse!

        Giovanna

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